Point de vue

Réformer les retraites pour redonner confiance

La France a besoin de réformer son système de retraites. Et de le faire une bonne fois pour toutes. Non par habitude ou routine – chaque quinquennat porte sa réforme, faute de quoi notre système par répartition se serait déjà écroulé –, ni par obsession comptable ou technocratique. Mais pour trois raisons majeures, bien plus fortes en France qu’ailleurs.

Publié le : 01/10/2026

Temps de lecture

4 minutes

Auteurs

Gilbert Cette

Professeur d’économie à NEOMA Business School

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D’abord, notre pays est décalé : même en imaginant la mise en place complète de la réforme de 2023 (actuellement suspendue), notre âge de départ en retraite restera nettement inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE – d’environ deux à trois ans. Un âge effectif moyen de départ à la retraite plus précoce contribue à abaisser notre PIB par habitant et donc à nous paupériser vis-à-vis de ces pays. La conséquence en est une accentuation de nos difficultés relatives de finances publiques.

Ensuite, notre pays n’est plus singulier : nous parlons ici de démographie, dans un pays qui s’est longtemps démarqué de ses voisins européens par sa natalité dynamique. Avec un indice de fécondité tombé, selon les dernières données de l’Insee, à 1,56 enfant par femme en 2025 (niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale), notre natalité s’est écroulée en quinze ans, et la France a rejoint l’an dernier le club des 21 pays sur 27 au sein de l’Union européenne avec un solde naturel négatif – plus de décès que de naissances. Ce n’est pas une mauvaise passe, mais un hiver démographique commun à toute l’Europe (et au-delà) que nous devons, comme nos partenaires, affronter avec trois familles de réponses possibles, selon les choix politiques voulus et sans exclure les trois réponses à la fois, pour financer notre modèle social : augmenter la productivité (via la diffusion de l’IA, de la robotique, etc.) ; travailler plus au long de la vie, notamment en travaillant plus tard ; accepter et organiser une immigration économique.

Enfin, notre pays est paradoxal : il est sans doute celui où l’attachement au système de retraite par répartition est le plus grand, où l’opposition aux réformes des retraites est la plus vive et où l’inquiétude sur l’avenir de ce système est la plus profonde – malgré ces réformes ou parce qu’elles sont perçues comme des efforts de simple ajustement,  douloureux mais partiels : 73 % des Français pensent que la retraite par répartition n’existera tout simplement plus dans une génération, d’ici 2050[1]. Il faut assumer de le dire ainsi : sans réforme des retraites, pas de confiance dans l’avenir. Autrement dit, une réforme puissante des retraites suscitera des protestations et demandera des efforts, mais elle seule peut lever la principale hypothèque sur notre futur collectif, et les Français le savent. C’est en quelque sorte nous retirer une grosse épine du pied : la douleur fait hésiter, le soulagement en vaut la peine. 

Nous proposons ici quelques faits et quelques idées pour guider cette transformation et en faire une réforme des retraites sinon définitive, du moins très durable. En résumé : assumer d’augmenter l’âge moyen de départ ; construire un « nouveau contrat social » de fin de carrière aux termes duquel on travaille quelques années de plus mais, pour ceux qui le souhaitent, un peu moins chaque année au cours de la dernière partie de vie profes­sionnelle ; fixer à terme une formule d’ajustement automatique tenant compte de la démographie. 

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[1] Sondage Harris Interactive – Toluna pour le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, « Les Français et leur vision de la France à l’horizon 2035 et 2050 », octobre 2025.

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