La Collection du Plan

Reprendre la main sur le véhicule autonome : pour une stratégie européenne du système de mobilité routière

« Le Plan est depuis toujours un carrefour. Il publie ses propres travaux d’éclairage et doit aussi relayer des idées extérieures, librement portées par leurs auteurs. C’est l’esprit de la Collection du Plan, avec une contribution clé sur le véhicule autonome : encore vu comme de la science-fiction, perçu comme une rupture purement technologique, il doit être appréhendé comme une révolution de nos mobilités, avec ses enjeux de souveraineté, d’équité et d’efficacité, en inventant un modèle français et européen, vite ! »

Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan

Publié le : 11/05/2026

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« En Chine et aux États-Unis, le véhicule autonome est déjà une réalité commerciale déployée dans plusieurs métropoles. Dans cette course technologique, l’Europe est loin du compte : elle ne maîtrise pas la technologie de la conduite autonome, le déploiement commercial qui a débuté dans quelques villes repose uniquement sur des solutions chinoises ou américaines et le débat sur le sujet y est quasiment inexistant. Si nous n’y prenons pas garde, à l’horizon d’une décennie, l’Europe sera une nouvelle fois placée en situation de « colonie numérique » et les Européens dépendront d’acteurs étrangers pour se déplacer en sécurité ou exploiter leurs données de mobilité.

Le véhicule autonome va bouleverser l’avenir des mobilités humaines. Il va permettre de gagner en sécurité, en temps de vie utile, en accessibilité. Il va ouvrir un monde d’opportunités, où la question de la propriété et de l’usage des véhicules va se poser de manière nouvelle : comment ne pas imaginer, demain, qu’un véhicule non utilisé par son propriétaire soit utilisé la majorité du temps par d’autres pour se déplacer à la demande ? Aller au travail avec son véhicule autonome, le laisser ensuite repartir en journée pour transporter des personnes âgées qui l’auront loué pour un trajet chez le médecin en zone rurale, et le réutiliser pour rentrer le soir : voici le type d’exploitation qui sera rendu possible par cette révolution, parmi un éventail de nouvelles possibilités.

Cette note alerte néanmoins sur un point crucial, peu abordé dans les débats sur le sujet : si le véhicule autonome est une immense opportunité pour le progrès des mobilités humaines, il peut aussi conduire à une situation où le système de mobilité routière, déjà très peu efficient – le taux de remplissage moyen des voitures étant de 1,6 personne (pour cinq places) –, se dégrade encore : congestion, gaspillage énergétique, coûts, etc. Notre thèse est simple : si cette révolution n’est pas pensée de manière stratégique au sein d’un système de mobilité collectif optimisé, nous passerons à côté des gains potentiels pour les individus et la société. Pour objectiver cette idée, nous simulons diverses modalités de déploiement du véhicule autonome et nous constatons qu’en le concevant comme un transport collectif avant d’être individuel, il est possible d’augmenter son taux de remplissage et d’optimiser ainsi son gain social. Les flux de véhicules ne sont plus gérés trajet par trajet à chaque demande d’un passager, comme dans le modèle du « robotaxi », mais organisés en services de mobilité collective (bus, train, etc.).

Cette façon de penser « système » est une arme pour reprendre en main la technologie et faire émerger un modèle européen de transport autonome. Si la France s’est dotée en 2025 d’une stratégie sur le véhicule autonome, il faut aujourd’hui accélérer : nous faisons plusieurs propositions, afin que les pouvoirs publics français et européens s’emparent enfin pleinement de ce sujet.
»

Thomas Matagne, président-fondateur d'Ecov

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