La Collection du Plan

Planification et ruralité, une histoire de confiance

« Le Plan est depuis toujours un carrefour. Il publie ses propres travaux d’éclairage et doit aussi relayer des idées extérieures, librement portées par leurs auteurs. C’est l’esprit de la Collection du Plan, avec une contribution d’Hugo Biolley, plus jeune maire de France : fort de son expérience de terrain, il propose des réformes ambitieuses et concrètes pour une politique de la ruralité qui évite des décisions publiques émiettées et déconnectées des besoins. »

Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan

Publié le : 28/01/2026

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« LA FRANCE SOUFFRE D’UNE FRACTURE TERRITORIALE

La fracture territoriale est en France une réalité que nous peinons à regarder en face, douze ans après la publication de La France périphérique par Christophe Guilluy[1]. Pourtant, elle est là. En 2018, le mouvement des Gilets jaunes a montré la puissance de la contestation, avec des mobilisations et des affluences records dans les petites et les moyennes villes. Les Gilets jaunes, ce n’est pas Paris. C’est Châtellerault, Vierzon, Lodève, Béziers, Saint-Gaudens ou Saint-Quentin. C’est « la France des sous-préfectures ».

Dans les villages, c’est le sentiment d’abandon qui domine. Loin des réalités médiatiques ou politiques, les ruraux se sentent mal représentés, que ce soit dans les médias (51 % se sentent mal représentés à la télévision, 56 % dans la presse nationale), au gouvernement (68 %) et même au Sénat, chambre des territoires (61 %)[2]. Ces chiffres, toujours hauts, traduisent un sentiment d’abandon et de déconnexion qui dépasse le simple désamour démocratique.

Dans la ruralité, entre les petites villes et les grands champs se joue une transformation brutale des modes de production et des services publics. Le match des gagnants contre les perdants de la mondialisation se solde par une disproportion de moyens, à l’avantage des zones densément peuplées et au détriment des espaces agricoles. Pourtant, 88 % des communes françaises sont rurales et 33 % de la population française y vit[3]. Sous-estimer cette réalité, c’est oublier la fonction nourricière, paysagère et patrimoniale de la ruralité.

La ruralité est aussi une diversité qui se sent standardisée et caricaturée. Ma région Auvergne-Rhône-Alpes alterne des territoires peu denses et très denses, des aires d’habitat ou de tourisme, des zones de production et de consommation où les enjeux sont très différents. L’agriculture n’est pas la même dans les montagnes ardéchoises et dans les plaines de l’Ain. La démographie des banlieues lyonnaises et du plateau ardéchois non plus. L’artificialisation des sols au bord du lac Léman et dans le Massif central encore moins.

La question de la diversité des territoires est posée. La « France des champs » est une réalité éclatée, sous la forme d’une diversité d’enjeux géographiques, démographiques et politiques que nous rappelle Magali Talandier dans son étude sur les typologies des ruralités[4].

Mais, au-delà des chiffres, ma conviction d’élu local est que nous avons besoin de penser la faible densité. Comment remettre des services publics en ruralité quand le bassin de population desservi compte seulement quelques milliers d’usagers et s’étend sur des dizaines de kilomètres carrés ? Comment y implanter et pérenniser des crèches, des écoles, des gymnases ou des hôpitaux ?

À l’instar de la politique de la ville, construite et perfectionnée depuis déjà cinquante ans pour des quartiers très denses, la politique de la ruralité nécessite un coup de projecteur, une organisation et des moyens.

Cette nouvelle politique de la ruralité devra s’accompagner d’une réadaptation de la structure publique locale. Autrement dit, elle ne pourra voir le jour et fonctionner que si on clarifie certains éléments de la décentralisation – y compris via un acte de déconcentration – afin d’instaurer un nouveau rapport de confiance et de coopération, tant sur les moyens d’agir que sur la manière de travailler ensemble. »

Hugo Biolley, Maire de Vinzieux

[1] Guilluy C. (2014), La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion.

[2] Guerra T., Guilbaud Demaison C., Llorca R. et Nervaux L. de (2025), Paroles de campagne. Réalités et imaginaires de la ruralité française, étude, associations Destin Commun, Bouge ton Coq, InSite et Rura, juin.

[3] Insee (2021), La France et ses territoires. Édition 2021, coll. « Insee Références », avril.

[4] Talandier M. et Acadie (2023), Étude sur la diversité des ruralités. « Typologies et trajectoires des territoires », rapport, Agence nationale de la cohésion des territoires, février.

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Biolley, H. (2026, janvier). Planification et ruralité, une histoire de confiance (La Collection du Plan, n° 13). Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan.
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Biolley, Hugo. Planification et ruralité, une histoire de confiance. La Collection du Plan, no. 13, Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, janv. 2026.
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BIOLLEY, Hugo, 2026. Planification et ruralité, une histoire de confiance. La Collection du Plan, n° 13. Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, janvier.

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