Note d’analyse

Industrie de défense européenne : de la dépendance à la souveraineté

Dans un contexte de réarmement accéléré, l’Europe a pris conscience de ses vulnérabilités industrielles et technologiques et de la nécessité de réduire ses dépendances en équipements militaires à l’égard des États-Unis.

Publié le : 25/06/2026

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Plusieurs solutions existent. La production strictement nationale peut convenir à certains grands pays, mais elle reste coûteuse et peu adaptée aux petits États. La diversification des fournisseurs peut répondre à des urgences, mais c’est remplacer une dépendance par une autre. Les productions sous licence, liées aux achats américains, peuvent favoriser les transferts de compétences, mais elles maintiennent généralement une dépendance technologique. L’intégration du marché européen de la défense serait théoriquement la solution la plus efficace, mais elle se heurte aux divergences entre États, qui y voient une fragilisation de leurs industries nationales.

La voie la plus prometteuse réside donc dans le renforcement des coopérations industrielles européennes, qui permettent de partager les coûts de R & D, engendrent des économies d’échelle, améliorent l’interopérabilité des armées et font émerger des acteurs industriels capables de rivaliser avec les grands groupes américains. Toutefois, comme le montre l’échec récent du système de combat aérien du futur (SCAF), ces coopérations restent difficiles à mettre en œuvre en raison des divergences de doctrines militaires, des exigences nationales de retour industriel, des rivalités entre industriels, des désaccords sur les exportations, et de la volonté des États de maintenir une forte autonomie sur certains équipements jugés critiques pour la souveraineté nationale.

Pour favoriser ces coopérations, plusieurs leviers doivent être mobilisés. Il faut d’abord mieux définir ce qui relève de l’échelon national et ce qui peut faire l’objet d’une action partagée. Il faut aussi identifier les lacunes capacitaires communes, rapprocher les normes et les doctrines, renforcer les instruments européens de planification et de financement. Enfin, l’Europe doit améliorer la gouvernance de ses programmes. Cela suppose de privilégier les groupes intégrés ou de désigner un maître d’œuvre industriel unique, d’assouplir la règle du retour géographique et de fixer une doctrine commune sur les exportations.

Dans cette nouvelle architecture, l’Union européenne doit assumer un rôle de facilitateur de souveraineté, qu’il s’agisse des financements (soutien budgétaire aux projets communs), de l’innovation (commande publique de produits innovants), ou de la coordination (vérification des efforts de défense annoncés par les États).

Importations de matériels militaires de 2020 à 2025

Note : le TIV (Trend Indicator Value) est un indicateur calculé par le SIPRI qui mesure le volume des transferts internationaux d’armes majeures. Ce n’est pas une variable financière mais un indicateur synthétique s’appuyant sur les coûts unitaires de production et les caractéristiques de taille et de performance des armes.

Source : HCSP d’après le SIPRI (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm)

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