La Collection du Plan

Pour un pacte de confiance énergétique. Réussir la transition énergétique en redonnant de la visibilité aux Français

« Le Plan est depuis toujours un carrefour. Il publie ses propres travaux d’éclairage et doit aussi relayer des idées extérieures, librement portées par leurs auteurs. C'est l’esprit de la Collection du Plan, avec cette contribution autour de la transition énergétique. Une enquête inédite qui souligne que la question de l’énergie est devenue un enjeu démocratique essentiel : en découlent ici des propositions concrètes pour recréer de la transparence, de l’évaluation et de la confiance dans les politiques menées. Pour donner de la visibilité aux Français, plus convaincus que jamais que cette transition doit réussir, avec eux. »

Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan

Published on : 30/09/2026

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5 minutes

Télécharger la contribution d'Antoine Bristielle, docteur en science politique, directeur France de l'ONG Project Tempo et enseignant à l'École polytechnique

La transition énergétique est souvent décrite comme un défi technologique, industriel ou financier. Les débats publics opposent les différentes sources d’énergie, interrogent le rythme de déploiement des infrastructures ou évaluent les investissements nécessaires à la décarbonation de l’économie. Cette lecture n’est évidemment pas erronée. Elle est toutefois devenue incomplète[1].

Les résultats de la dernière enquête de Project Tempo[2] invitent en effet à déplacer le regard. La principale difficulté à laquelle se heurte aujourd’hui la transition énergétique ne réside pas dans une contestation massive de ses objectifs. Les Français continuent de reconnaître la nécessité d’agir face au changement climatique, soutiennent largement le développement des énergies bas-carbone et associent cette transformation à des perspectives positives pour l’économie. Le doute porte davantage sur les conditions dans lesquelles la transition sera menée : son coût, la répartition des efforts, la réalité de ses bénéfices et la capacité des pouvoirs publics à inscrire leur action dans une trajectoire cohérente[3].

Cette interrogation prend racine dans une situation économique particulièrement contraignante. Pour une part importante de la population, l’énergie ne renvoie pas seulement à des objectifs climatiques de long terme ; elle est devenue un élément central des arbitrages budgétaires quotidiens. Plus d’un tiers des Français déclarent avoir rencontré des difficultés pour régler leurs factures énergétiques au cours des douze derniers mois, tandis qu’une majorité d'entre eux affirment qu'ils ne pourraient pas faire face à une dépense imprévue de 1 000 euros. Dans ce contexte, les évolutions du prix de l’électricité, du gaz ou des carburants alimentent une inquiétude qui dépasse largement le champ environnemental.

La transition énergétique intervient ainsi dans une société fragilisée, où les ménages souhaitent à la fois réduire la dépendance aux énergies fossiles, sécuriser l’approvisionnement du pays et préserver leur pouvoir d’achat. Ils ne demandent pas nécessairement une autre transition. Ils demandent une autre manière de la conduire : plus lisible dans ses objectifs, plus prévisible dans ses conséquences et plus transparente dans la répartition de ses coûts et de ses bénéfices.

Cette note analyse cette évolution à partir des résultats de l’enquête Project Tempo. Elle montre d’abord que l’adhésion persistante aux objectifs de la transition se heurte aux réalités économiques du quotidien. Elle souligne ensuite que la politique énergétique est désormais jugée au regard d’une demande plus large de sécurité, de souveraineté et de stabilité. Elle propose enfin la mise en place d’un Pacte de confiance énergétique, destiné à rendre la trajectoire française plus compréhensible, ses résultats plus vérifiables et sa gouvernance plus attentive aux attentes de la société.

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[1] Cette évolution rejoint les travaux récents de l’OCDE, qui montrent que la réussite de la transition dépend désormais autant de sa gouvernance (engagement dans la durée, capacités de l’État et construction d’un consensus social) que des choix technologiques eux-mêmes. OCDE (2025), Government at a Glance 2025, chapitre « Governing for the Green Transition », Éditions OCDE.

[2] Enquête EuroPulse, échantillon de 2000 Français représentatifs de la population. Voir Project Tempo (2026), Enquête EuroPulse, juin.

[3] Cette exigence de crédibilité des politiques publiques est également au cœur des analyses de Jean Tirole, qui souligne qu’une politique économique ne produit pleinement ses effets que lorsqu’elle est suffisamment prévisible pour guider les décisions des acteurs privés. Tirole J. (2018), Économie du bien commun, coll. « Quadrige », Puf, mai.

Auteur

Antoine Bristielle

Docteur en science politique, directeur France de l'ONG Project Tempo

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